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Historique

Lorsque la violoniste Angèle Dubeau conçut le projet en 1997 d’un enregistrement consacré aux œuvres de Vivaldi, il était clair que l’expérience devait être pour elle d’abord et avant tout de miser sur l’excellence. À l’instar de l’Ospedale della Pietà de Venise, Angèle Dubeau et La Pietà est un ensemble pour cordes et piano, composé uniquement de femmes, des musiciennes de tout premier ordre, les meilleures au pays. L’excellence, la précision et la force de chacune des musiciennes, ainsi que la complicité qui les unissent donnent cette qualité exceptionnelle au jeu de l’ensemble et contribuent au plaisir contagieux qui se dégage de chacun des concerts. « La Pietà n’existerait pas qu’il faudrait l’inventer! »

– Richard Boisvert, Le Soleil

L’Ospedale della Pietà

C’est au XIVe siècle que s’éleva à Venise l’hospice de la Pietà, sur le quai des esclavons, non loin de St-Marc. Cet hospice, l’un des quatre principaux instituts hospitaliers de la ville à l’époque de Vivaldi, fut créé par le frère Pieruzzo, dans son désir de sauver d’un sort cruel les nombreuses jeunes filles, enfants malades, orphelines et filles illégitimes, abandonnées aux rues de Venise. À ces différents instituts à vocation charitable, dont la Pietà, s’étaient peu à peu annexés des Scuole. Là, on apprenait aux jeunes femmes à chanter et à jouer d’un instrument de musique. Un témoin de la grande qualité de leur talent musical, le voyageur anglais Edward Wright, écrit en 1720 : « Tous les dimanches et jours de fête, il y a dans les chapelles de ces hospices, concert vocal et instrumental, exécuté par les jeunes filles : elles sont installées dans une galerie et, bien que non professes, cachées aux vues du public placé au-dessous d’elles par un treillage de fer forgé. L’orgue aussi bien que les autres instruments est tenu par les jeunes filles. L’exécution est étonnamment bonne, beaucoup d’entre elles ont d’excellentes voix.»

Les œuvres entendues lors de ces concerts étaient celles du « Maestro di Coro », compositeur éminent qui avait la charge d’apprendre aux jeunes femmes, les figlie del coro, les secrets de l’art instrumental et vocal. C’est en 1703 que Vivaldi, ordonné prêtre la même année, commence son enseignement à la Pietà. Ses activités y sont multiples : il est professeur de musique, chef d’orchestre, compositeur, acheteur d’instruments. Sa présence à la Pietà s’échelonne sur plus d’un tiers de siècle, avec quelques brèves interruptions, et l’on peut supposer sans trop grand risque d’erreur que la plupart de ses œuvres qui nous sont parvenues furent composées pour les concerts à l’hospice. À l’écoute des œuvres instrumentales du « Prêtre roux » – concertos pour un, deux ou trois violons, concertos pour hautbois ou autres instruments à vent, concerto pour un petit ensemble de cordes – on ne peut douter de la maîtrise, parfois même de la haute virtualité instrumentale que possédaient les jeunes femmes de la Pietà.